Bruxelles : une ville fière de son port

Second port intérieur de Belgique accessible en permanence en 5h de navigation depuis Anvers, Bruxelles est située au cœur de la Région Bruxelles-Capitale qui rassemble 1 million d’habitants pour un hinterland économique de 3 millions de personnes et quelques 80.000 entreprises, essentiellement des PME. De multiples atouts contribuent à le positionner comme un acteur logistique majeur en Europe et notamment sa proximité des organes de décisions de l’Union Européenne, et sa localisation au centre d’un réseau autoroutier et ferroviaire très dense.

Le trafic du Port de Bruxelles a été en progression régulière ces dernières années et a atteint le niveau record de 24,3 Mt en 2008, dont près d’un tiers (7,8 Mt) par voie d’eau. Après avoir bien résisté à la crise économique mondiale fin 2008, le port a connu une année 2009 plus difficile qui s’est achevée sur une baisse de 23 % de ce trafic par voie d’eau, à un peu plus de 6 Mt. Durant ces deux années délicates, différentes mesures ont été prises par le port pour aider les entreprises liées à ses activités à faire face à cette crise (suppression des redevances, suspension de l’indemnité pour manquement de trafic, …). Elles ont contribué à en minorer l’impact et aucune faillite n’a été enregistrée.

Implanté le long des 14 km de voie d’eau qui traversent la région bruxelloise, le port continue de jouer un rôle essentiel pour l’approvisionnement durable de la ville comme en témoigne la structure de son trafic fluvial dominé par les matériaux de construction (56 %) et les produits énergétiques (27 %).

© Port de Bruxelles


Selon les autorités du port de Bruxelles, le potentiel de développement du fluvial pourrait être multiplié par trois sans investissements complémentaires. D’une manière plus globale les ports intérieurs devraient d’ailleurs être amenés à l’avenir à jouer un rôle de "hub intérieur" pour des ports maritimes confrontés au risque de congestion. De ce point de vue Bruxelles apparaît bien positionnée à plus long terme pour venir assumer cette fonction au service de certains des plus grands ports maritimes nord européens.

Pour autant, le rôle essentiel que joue aujourd’hui le port au cœur de la ville était loin d’être assuré à la fin des années 1980. A l’instar de la plupart des ports du monde, il s’était progressivement refermé sur lui-même, rompant les liens avec la ville et son tissu urbain. Une forte pression immobilière menaçait alors son avenir et un moratoire empêchait même tout investissement des entreprises et prévoyait la désaffectation des deux bassins les plus centraux. Différents éléments ont permis de rétablir la situation : tout d’abord la création en 1993 du Port de Bruxelles, organisme d’intérêt public dont l’actionnaire majoritaire (58 %) est la Région de Bruxelles-Capitale (la Ville étant elle présente à 33,4%), mais aussi de façon concomitante la mobilisation des entreprises portuaires. Il s’en est suivi une progression des trafics et une diminution de la pression immobilière.
© Port de Bruxelles


De ce point de vue, le Port de Bruxelles est représentatif des conflits entre usages urbains et portuaires caractéristiques de la relation entre villes et ports jusqu’à la fin du XXe siècle. Mais il est aussi un très bon exemple de l’évolution de cette relation qui se traduit désormais à Bruxelles par une stratégie très volontariste d’intégration urbaine. Cette stratégie est d’ailleurs inscrite comme un axe essentiel dans les documents de développement et de gestion tel que le masterplan du port à l’horizon 2015. L’élaboration d’un "Programme d’intégration urbaine" est même stipulée dans le Contrat de gestion qui lie le Port avec la Région Bruxelles-Capitale. Ce contrat qui a été récemment renouvelé pour la période 2008-2012 réaffirme cette nécessité au côté des deux autres orientations majeures : le renforcement du rôle du port comme plate-forme logistique multimodale au cœur de l’Europe ; et la poursuite de son implication dans l’économie régionale et la création d’emplois.

Le port : la voie d’eau pour atout

Dans cette perspective, la voie d’eau devient un atout essentiel pour assurer une cohabitation harmonieuse des fonctions urbaines et portuaires. Une étude réalisée en 2008 sur la base de l’activité 2007 a démontré que le recours à la voie d’eau a permis de désengorger les routes de quelques 700.000 poids lourds. Cela a représente une économie de 27,5 millions d’euros en coûts externes, et la réduction des émissions de CO² a été évaluée entre 32.600 et 51.500 tonnes. Ces bénéfices environnementaux et sociaux constituent des arguments de poids pour renforcer la présence de la voie d’eau et des activités portuaires au cœur de la ville.

Pour poursuivre dans cette voie différents projets ont été récemment initiés.

Ainsi, la première phase du projet "Canal Logistics" mené par un promoteur privé est désormais opérationnelle. A terme (2012) cette plate-forme logistique proposera 50.000 m² à proximité du port, de l’aéroport et du périphérique, à une courte distance donc du centre de Bruxelles.

Sur les 12 ha du site de Carcoke, un site décrit par le port comme un "véritable chancre industriel" aux portes de la région, les travaux de dépollution ont débuté en 2008 grâce à une dotation financière de la Région. A très court terme, Kaoten Natie y développera un centre de services logistiques intégrés qui devrait permettre la création de 400 emplois et un trafic de 500.000 tonnes par voie d’eau.

D’une manière globale plusieurs pistes sont actuellement programmées pour le développement du port : la création d’une nouvelle plate-forme multimodale voie d’eau-rail qui pourrait générer 1.000 emplois (les 60 ha du site de Scharbeek Formation sont pressentis pour l’accueillir) ; le développement du Roll on Roll off en tant qu’alternative au tout camion ; et de nouveaux créneaux innovants tels que le transport par barge et sur palettes de matériaux ou marchandises, solution qui a été testée sur le Bassin Vergote.

Dans le domaine de la distribution urbaine et de la logistique de proximité, autres axes de développement du port, le Brussels International Logistics Centre (BILC), centre logistique de nouvelle génération, sera développé avec le spécialiste français Sogaris. Il s’appuiera sur le pôle d’entreposage TIR qui est en cours de modernisation. Le projet est soutenu par la BEI et permettra la création de 650 emplois. Sa localisation précise est actuellement en cours de discussion avec le gouvernement bruxellois.
Brussels International Logistics Centre (BILC) © Port de Bruxelles


Outre sa contribution à la qualité de vie des habitants, cet équipement est également porteur d’un message de modernité contribuant à modifier l’image du port et justifier sa présence au cœur de la métropole bruxelloise. Ce changement d’image était également l’un des objectifs majeurs du programme d’intégration urbaine 1993-2007 : une stratégie résumée dans la volonté alors affichée de contrecarrer l’image d’un port perçu jusque là comme un "no man’s land", pour le rendre à nouveau visible et lisible, et reconstruire dans l’esprit des bruxellois "une conscience fière du port".

Redonner du sens aux activités du port dans une ambiance urbaine renouvelée

Le bassin Béco, au centre de la ville, fut la première cible pour mettre en œuvre cette stratégie. Sa rive gauche (le "quai des matériaux") fut réaménagée entre 1993 et 1999 en espace public destiné à la promenade et la détente, avec de nouvelles infrastructures pour les bateaux d’excursion. La rive droite ("quai des Péniches") fut à son tour réaménagée entre 2000 et 2002 en espace public multifonctionnel. C’est ainsi un tout nouveau paysage faisant référence à la fois au canal et aux différents éléments portuaires qui ont été créés autour de ce bassin.
Mise en valeur des espaces - Quai des Péniches, Bassin Béco © Port de Bruxelles


Plus largement cette démarche d’intégration architecturale et paysagère porte sur l’ensemble du domaine portuaire. Dès 1996 une "Charte de développement du Port de Bruxelles" a été signée entre le Port et les entreprises portuaires, charte réactualisée en 2007. Les signataires s’y engagent à moderniser leurs installations dans le respect de l’environnement urbain : une attention particulière doit être portée aux abords (signalisation, clôtures, etc.) et à l’architecture elle-même (recommandations sur les couleurs, les matériaux, etc.). Cette démarche globale permet d’assurer une cohérence et une continuité visuelle entre les différents équipements portuaires ; elle rend ainsi le port plus lisible et lui permet d’affirmer sa présence. Cette approche prévaut bien sûr encore aujourd’hui et a été l’un des critères du jury pour désigner le bureau d’architecture chargé du projet de centre logistique BILC évoqué précédemment.

Durant ce programme d’intégration 1993-2007, d’autres espaces publics ont été aménagés (Place des Armateurs, Bassin Vergote). Une politique de diversification des usages de l’eau a également été initiée. Elle s’est traduite par :
  • d’une part la création d’événements populaires : la "fête du port" qui attire tous les 2 ans plus de 25000 visiteurs ou encore l’opération "Bruxelles les Bains" ;
  • d’autre part, le développement de toute une série d’activités nautiques et ludiques : écoles de voile et d’aviron, régates, bateaux de promenades. Dans le même esprit, le port de plaisance a été rénové.

Fête du Port © Port de Bruxelles
Bruxelles les Bains © Port de Bruxelles


Symbole de cette recherche d’harmonie entre fonctions portuaires et usages ludiques, un centre nautique a été construit dans l’avant-port.
Centre nautique © Port de Bruxelles


Le "Programme d’intégration urbaine 2008-2018" conforte à la fois cette mise en valeur du paysage portuaire et le développement du pôle loisirs au bassin Béco.

Ainsi, le programme d’embellissement des écluses de Molenbeek et d’Aderlecht entamé dans le cadre du programme précédent devrait être achevé avant cet été 2010. Il permettra à la fois leur mise en valeur dans un quartier urbain lui-même en reconversion, et la sécurisation des sites.
Embellissement des écluses © Port de Bruxelles


Dans le même esprit, un programme de rénovation et de mise en lumière des ponts anciens de Bruxelles, très beaux témoins de l’ère industrielle, a été programmé. Ce programme est d’ores et déjà achevé pour le Pont des Armateurs qui marque l’entrée entre la ville et le port. Il est en cours pour le Pont des Hospices et le Pont de Buda. Cette démarche est complétée par un plan lumière global pour mettre en valeur l’ensemble du paysage nocturne du canal.
Pont des Hospices © Port de Bruxelles


Le renforcement des activités passagers est également programmé. Plus de 100.000 personnes participent chaque année à des excursions en bateau sur le canal. Le Port accueille par ailleurs plus de 100 bateaux de croisière par an. Deux lieux étaient jusqu’à présent utilisés pour cette activité passager : le bassin Béco pour des excursions et de la petite croisière fluviale, et le quai de Heembeek pour les croisiéristes. Ce dernier va toutefois être redéveloppé pour de nouvelles activités logistiques et portuaires. Afin de répondre à la pression des opérateurs de croisière et pour pérenniser une activité d’un intérêt évident pour renforcer l’attractivité touristique de Bruxelles, l’adaptation des infrastructures au Bassin Béco et l’aménagement d’un terminal croisière dans l’avant-port ont donc été décidés.
Avant-port - Terminal Croisière © Port de Bruxelles
Avant-port – Esquisse du Terminal Croisière © Port de Bruxelles


Suite à une étude de faisabilité, c’est finalement le site de Meudon qui a été retenu comme lieu d’implantation de ce nouveau terminal. La demande de financement complémentaire auprès de l’Europe est en cours pour ce projet estimé à 3 millions € (hors rénovation des pavillons Meudon) et les travaux devraient commencer en 2012.

Dans le même temps, afin de conforter le Bassin Béco en tant que pôle touristique et culturel, deux appels à projets avaient été lancés en 2008. L’un concernait l’accueil sur la rive gauche de petites unités de croisière fluviale et de bateaux promenade. Les emplacements ont désormais été attribués et les équipements mis en place. L’autre concernait sur la rive droite le développement d’activités culturelles sur l’eau afin d’apporter une plus value urbaine à ce secteur. Deux aménagements ont été validés à ce jour : l’implantation de l’Actor’s Boat, un bateau cinéma auquel le Port a accordé une concession de 10 ans ; et la réalisation d’un hôtel flottant d’une soixantaine de chambres, l’Atlantis, qui sera construit sur une barge de 100 m selon les principes de la maison passive et qui viendra s’amarrer à côté du bateau cinéma.
L’Actor’s Boat, bateau cinéma © Port de Bruxelles
Atlantis, bateau hôtel © Port de Bruxelles


Pour parachever et symboliser cette stratégie volontariste d’intégration des fonctions portuaires et urbaines, il fallait également un équipement phare. C’est l’une des raisons d’être de la Maison du Port. Elle sera implantée en bordure du bassin Vergote sur un terrain du port et complétée par un parc. Le projet, estimé à 13 millions d’euros, bénéficie d’une dotation de la Région et d’un financement européen. La sélection du partenaire privé qui sera chargé de la construction et de l’exploitation du bâtiment est en cours. L’aménagement des abords et de l’espace public devrait être achevé en 2012.
Maison du port, esquisse © Port de Bruxelles


Nés côte à côte, ville et port de Bruxelles sont partis désormais pour grandir ensemble.

Le Port de Bruxelles est membre de l’AIVP

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